Le patriarcat n’existe pas !

[Des] théoriciennes féministes […] ont pointé les problèmes que certains usages du concept [de patriarcat] pouvaient provoquer : déshistoricisation de l’oppression des femmes ; homogénéisation du groupe des femmes ; secondarisation des autres luttes sociales et politiques ; victimisation des femmes

GARRAU Marie, « Une approche psychologique du patriarcat ? », Multitudes, 2020/2 (n° 79), p. 186-192. DOI : 10.3917/mult.079.0186. URL : https://www.cairn.info/revue-multitudes-2020-2-page-186.htm

Le féminisme antipatriarcal est représenté par Andrea Dworkin, Catharine MacKinnon, Susan Faludi, Marilyn French, Monique Wittig, Gloria Allred, Andrea Nye, Alison Jaggar, Charlene Spretnack, Heilbrun, Susan McClary, Susan Harding, Adrienne Rich et Ann Ferguson.

La domination masculine n’existe pas, elle n’est qu’une des deux faces de la sélection et du conflit sexuels, moteurs de processus en miroir qui ont vu les hommes dominer parce que les femmes ont pu aimer la domination et les femmes se soumettre parce que les hommes ont pu aimer la soumission

Peggy Sastre, La Domination masculine n’existe pas, conclusion (p. 210).

La rhétorique du féminisme de deuxième vague fit porter l’entière responsabilité de la condition de la femme aux hommes, ou plus spécifiquement au « patriarcat », un terme rebattu et nébuleux qui peut bien s’appliquer à la Rome républicaine ou à l’Angleterre victorienne, mais qui est historiquement spécieux et qu’il faudrait abandonner

Camille Paglia, Femmes libres, hommes libres, Laval (Qc), 2019, p. 189.

Le « patriarcat » en tant que système oppressif et misogyne est une pure création du féminisme radical de la fin des années 1960. Il n’existe pas en tant que tel et il est démenti par la biologie évolutionniste, l’histoire et l’anthropologie, dès lors que l’on se fonde sur des données factuelles et non sur l’idéologie déconstructiviste des études de genre. […] Les femmes ont autant d’influence que les hommes sur sa structure et son maintien. […] Les hommes veulent du pouvoir et des ressources parce que les femmes veulent des hommes qui ont du pouvoir et des ressources.

https://eromakia.fr/index.php/2019/05/27/paula-wright-quand-une-feministe-nest-elle-pas-feministe/.

Chaque groupe dispose de pouvoirs, soit identiques, soit différents. Dire qu’un groupe est patriarcal (ou matriarcal) et a tout le pouvoir serait faux. L’étude des pouvoirs listés dans le modèle ci-dessus devrait suffire pour réfuter la définition centrale féministe du patriarcat comme pouvoir.

Warren SHIBLES, « Le Mythe du « Patriarcat », in The Journal of Value Inquiry, 25, 1991, pp. 305-318

Il semblerait que le paradigme du « patriarcat » soit un mythe. Il a d’abord été imaginé, puis construit, comme un ennemi et finalement, blâmé pour tous les problèmes du monde. Il y a des problèmes pour les hommes, pour les femmes et des problèmes d’égalité, mais le « patriarcat » ne semble pas être l’un d’entre eux. Le terme éloigne des véritables problèmes concernés et traite des relations comme de simples luttes contradictoire pour le pouvoir. C’est un des sens du slogan féministe de Millett, « The personal is political » (« Le privé est politique », cf. Kate Millett, Sexual Politics [New York: Doubleday, 1970]). En ce sens, n’importe quoi, comme saluer l’autre, peut être politique.

Ibid.

Le patriarcat mis en place comme système politique ne semble exister nulle part.

Zillah Eisenstein, The Radical Future of Liberal Feminism (New York & London: Longman, 1981), p. 26.

L’histoire de la femme défavorisée est une invention

Esther Vilar, The Manipulated Man (New York: Farrar, Strauss & Giroux, 1972), p. 180.

Il semblerait que le paradigme du « patriarcat » soit un mythe. Il a d’abord été imaginé, puis construit, comme un ennemi et finalement, blâmé pour tous les problèmes du monde. Il y a des problèmes pour les hommes, pour les femmes et des problèmes d’égalité, mais le « patriarcat » ne semble pas être l’un d’entre eux. Le terme éloigne des véritables problèmes concernés et traite des relations comme de simples luttes contradictoire pour le pouvoir. 

Shibles, ibid.

Le mot « patriarcat » est à la fois un terme non scientifique et un jugement de valeur

Warren Shibles, Humor Reference Guide: A Comprehensive Classification and Analysis

Patriarcat est un terme abusif et de « sexisme inversé » (Farrell 1993: 16 ; PK: 83 ; Warren SHIBLES, « Le Mythe du « Patriarcat », in The Journal of Value Inquiry, 25, 1991, pp. 305-318).

Féministes critiquant les féministes antipatriarcales politiquement puissantes : Christina Hoff Sommers, Daphne Patai et Noretta Koertge [PK], René Denfeld, Petra Kelly, Camille Paglia, Nadine Strossen, Ellen Klein et Katie Roiphe.

Utiliser le mot « patriarcat », c’est donner une distorsion de notre société et c’est une vision dogmatique

Elshtain 1981: 216

Il n’y a pas de consensus sur ces questions et les féministes contemporaines utilisent le « patriarcat » de diverses manières. Certaines ont reconnu que les problèmes liés au concept sont si importants qu’il devrait être abandonné

Pateman 1988 dans « Patriarchal Confusions »

Le philosophe John Wilson (1980) a reproché aux féministes antipatriarcales d’être anti-humanistes et d’utiliser les méthodes de la force et de la coercition. Roiphe (1993: 46) parle de la paranoïa féministe antipatriarcale « qui croit que les hommes ne cherchent qu’à s’en prendre aux femmes d’une manière générale ». Le féminisme antipatriarcal est une « compréhension simpliste de la nature » (Elshtain 1981: 212).

Aucun de ces concepts n’est pourtant clairement défini. Il en va ainsi de la nouvelle utilisation du mot patriarcat, employé comme blâme. En ethnographie, patriarcat signifie « type d’organisation sociale où l’autorité domestique et l’autorité politique sont exercées par les hommes chefs de famille ».

Or, concernant la société française, cette autorité n’existe plus dans le cadre juridique, ce qui est tout de même un fait remarquable sur le plan civilisationnel. On fait tout de même comme si cette définition s’appliquait encore : au passage, on aura substitué au sens d’origine, « autorité juridique », un nouveau sens : « domination symbolique ». On est passé de la description de « sociétés patriarcales » à « le patriarcat ». Cet emploi de l’article défini indique un ensemble de préconceptions implicites qu’on s’abstient justement de décrire. Dire le patriarcat, c’est être aveugle à la réalité des sociétés et de l’histoire. Le mot patriarcal servait à modéliser des structures sociales complexes, qui n’excluaient pas, par exemple, une filiation matrilinéaire. On fait donc comme si de la Sicile à la Norvège, de l’Antiquité tardive au XXIe siècle, on parlait d’une même réalité, identiquement « patriarcale ».

Au passage, les sociétés qui continuent de tenir les femmes dans une situation de sujétion, de tutelle et de contrôle radical ne sont jamais l’objet des critiques néoféministes – la grande prêtresse du néoféminisme radical, Judith Butler, va même jusqu’à considérer que les femmes qui résistent aux Talibans sont des collabos de l’impérialisme culturel américain (V. TORANIAN, « Pour Mme de La Fayette, contre Judith Butler », Revue des Deux Mondes, 20 mars 2020)… Parler de patriarcat, c’est utiliser un terme qui nie la diversité sociale et historique, comme si la France de 2020 était structurée de la même manière que la France de 1920 ou de 1820 ; comme si les structures culturelles en France étaient identiques dans les familles auvergnates ou algériennes, chez les éditeurs du Ve arrondissement de Paris et les couteliers des vallées ariégeoises. Bref, c’est une sociologie qui se refuse à faire de la sociologie.

Le sens d’origine de patriarcat, dans le domaine du droit et de l’ethnologie, avait une valeur descriptive, il a désormais une valeur de jugement. La nouvelle utilisation de ce mot, pseudo-explicative mais en réalité systématiquement accusatoire, ne désigne plus un régime juridique mais renvoie à une vague forme de prestige, aussi caricaturale que diffuse. On est donc passé d’un sens objectivable à un sens subjectif, d’un sens descriptif à un sens axiologique. C’est ainsi que l’idéologie infléchit le cours des mots et impose son discours pour construire une vision strictement conflictuelle des rapports femmes/hommes. Il est désormais courant dans la recherche universitaire qu’on propose « une approche féministe » de tel ou tel sujet. Le féminisme n’est pourtant pas une discipline scientifique mais une revendication sociale, d’ailleurs fort hétérogène, et qui comporte sans doute des biais qui la distinguent de la simple revendication d’égalitarisme.

Le mot patriarcat a donc perdu toute pertinence conceptuelle à partir du moment où il est devenu un mot d’ordre, un slogan, voire la mise en scène d’une aversion puisqu’il est désormais possible d’écrire : « Moi, les hommes, je les déteste. » Il n’y a plus aucun frein à l’accusation patriarcale et l’on trouve même des cours (!) d’université qui donnent libre cours à leurs fantasmes en accusant « les sociétés patriarcales » de façonner « physiquement, par sélection artificielle, des chiens adaptés à un usage humain précis et des femmes plus petites, très mal adaptées, en revanche, à l’usage reproductif auquel on les destine » (Cours de Master consacré à « une étude comparée de la zootechnie canine et de la construction physique des caractéristiques féminines. Comment les sociétés patriarcales façonnent-elles physiquement, par sélection artificielle, des chiens adaptés à un usage humain précis et des femmes plus petites, très mal adaptées, en revanche, à l’usage reproductif auquel on les destine ? » (Paris 13-Villetaneuse, 2016-2017, « Créer des chiens et des femmes », p. 40 de la brochure de présentation)).

Jean Szlamowicz, « Polarisation, patriarcat, effet de tunnel » (in Les Moutons de la Pensée, 2022)

Je rejette aussi [le concept de patriarcat] car il efface toutes les différences entre cultures et donc ne sert à rien

Emmanuel Todd : « Le féminisme actuel est une catastrophe pour les milieux populaires », Le Point.fr, n° 202201 ( 19 janvier 2022)

Ce n’est pas qu’il a disparu, c’est qu’il n’a jamais existé. Qu’est-ce que ça veut dire patriarcat ? Je préfère parler de système de patridominance universel, c’est-à-dire une position légèrement supérieure de l’homme en particulier dans les activités de gestion collective. Mais l’intensité de cette domination masculine est tellement variable selon la géographie et l’histoire qu’on ne peut pas appliquer un terme unique à des systèmes très différents. Je propose, avec l’aide d’un expert, une utilisation nouvelle de l’Atlas ethnographique de Murdock pour montrer cette diversité au lecteur, par des cartes originales.

Sur un sujet qui est souvent abordé de manière ultra-idéologique, nous pensons que l’accès aux données est fondamental. Nous avons mis en ligne l’outil de visualisation que nous nous sommes construit, et nous donnons le lien dans le livre. Parler de patriarcat de façon indifférencié pour évoquer la situation des femmes à Kaboul et dans la région parisienne n’a aucun sens du point de vue du chercheur en anthropologie. Frédéric Le Play emploie le mot « patriarcales » pour désigner les grandes familles indivises de type russe et arabe. Pour ce qui est de l’Occident étroit, la France, le monde anglo-américain et la Scandinavie, la mutation patrilinéaire, partie du centre de l’Eurasie, qui a abaissé le statut de la femme au cours de l’histoire, n’a pas eu lieu ou est restée embryonnaire. On croit souvent que plus on remonte le temps, plus les femmes étaient opprimées. Il n’en est rien. Les Occidentaux avant même la révolution des soixante-dix dernières années, étaient très proches dans leurs mœurs des chasseurs-cueilleurs chez qui le statut de la femme est élevé.

Emmanuel Todd: « Le patriarcat n’a pas disparu en Occident: il n’a jamais existé », Le Figaro, 20/01/22

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Critiques du mythe du patriarcat :

  • Warren Shibles, « The Myth of Patriarchy » (1991), in The Journal of Value Inquiry, 25, 1991, pp. 305-318 https://philpapers.org/rec/SHITMO-2
  • Elizabeth Badinter, Fausse route (2003),
  • Peggy Sastre, La domination masculine n’existe  pas (2015)

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